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TAKAHATA ISAO

E-terview - Bibliographie - Sur Internet

Takahata IsaoLe 4 février prochain, les amateurs de dessin animé pourront découvrir Horus, prince du soleil (Taiyô no ôji Horusu no daibôken), le premier long métrage réalisé en 1968 par Takahata Isao. A l'occasion de la troisième édition des Nouvelles images du Japon qui s'est tenue du 6 au 14 décembre 2003, le réalisateur japonais est revenu sur ce film qui a eu une influence importante sur l'ensemble de la production ultérieure. Lancée en 1965, la production de Horus, prince du soliel a duré trois ans. Elle a réuni de nombreuses personnalités qui sont devenues au cours des années suivantes des références dans le monde de l'animation parmi lesquelles Ôtsuka Yasuo, Mori Yasuji, Kotabe Yôichi, Okuyama Reiko et Miyazaki Hayao. Takahata Isao revient sur les circonstances particulières qui ont entouré la réalisation de cette œuvre clé.


E-terview

Japonline : Pouvez-vous revenir sur les circonstances particulières qui ont entouré la production de ce film ?

Takahata Isao : Horus, prince du soleil est sorti en salle au Japon en 1968, il y a 35 ans. A cette époque, le monde vivait une période plutôt trouble. Le Japon était traversé par un sentiment de crise très profond. C'était lié en grande partie à la guerre du Vietnam. Les Japonais craignaient de voir leur pays entraîné dans ce conflit du fait de leur statut d'allié des Etats-Unis. C'est dans ce climat que le film a été conçu et cela a eu une importance considérable sur son contenu. Par ailleurs, il convient d'ajouter que le film a été réalisé par une équipe dont les membres les plus importants étaient syndiqués. Les personnes qui travaillaient sur ce projet voulaient plancher sur un thème qui nous réunissent. Ces deux éléments ont eu une influence non négligeable sur la production de Horus. Dans ce film, on retourve le personnage de Hilda, une jeune fille qui est tiraillée par des tensions psychologiques assez contraires. Il nous est arrivé au moment de travailler sur ce personnage d'avoir en tête l'idée de ce que pouvait ressentir les soldats américains envoyés au Vietnam. Même si l'on présentait leur intervention comme une cause juste, force était de constater qu'ils n'étaient pas bien accueillis. Ils pouvaient ainsi avoir l'impression d'avoir été envoyés dans un guêpier et en même temps ils devaient poursuivre le combat. Le personnage de Hilda subit les mêmes tensions.

JOL : Trouve-t-on d'autres éléments inspirés de la situation du Japon à cette époque ?

Affiche HorusT. I. : Oui en effet. A cette époque, le Japon est très préoccupé par la pollution. On parle beaucoup de Minamata. En ces temps de haute croissance, l'environnement est particulièrement victime de l'ardeur humaine. C'est pourquoi nous avons voulu aborder la question du rapport à l'environnement dans ce film. Le Japon est un petit pays et pendant de très longues années, le rapport entre l'homme et l'environnement dans ce pays était plutôt harmonieux dans la mesure où l'homme s'attachait à le préserver tout en en tirant partie. Mais au cours des années 1960, ce rapport équilibré entre l'homme et la nature commence à disparaître. C'est un virage très important dans l'histoire du pays et cela a bien sûr eu une grande importance dans la réalisation de ce film. L'industrialisation et ses conséquences sur la société ont également joué une part non négligeable dans ce film. La dépopulation des campagnes qui a accompagné la très forte industrialisation de l'Archipel nous a particulièrement touché. Car cela signifiait la perte d'une certaine unité séculaire, celle du village qui a été le fondement de la société japonaise. Dans Horus, nous avons voulu établir un constat, mais nous n'avons pas essayé d'offrir une alternative. Cette situation de crise communautaire, on la retrouve dans les différents personnages des villageois qui sont souvent amenés à combattre en s'unissant et on la retrouve aussi dans plusieurs scènes de foule. Nous étions d'autant plus sensibles à cette question de destruction de la communauté qu'à ce moment-là, les Etats-Unis menaient des opérations visant à raser des villages ou à déplacer des populations pour enrayer les mouvements de guérilla au Vietnam.

JOL : Qu'est-ce que ce film représente pour vous ?

T. I. : Pour moi et pour la plupart de ceux qui ont travaillé sur ce projet, il s'agit d'un véritable point de départ. C'est un film qui a aussi exercé une influence très forte sur un certain nombre de personnes qui se sont lancées dans l'animation. A l'époque de la réalisation de Horus, le studio pour lequel nous travaillions s'attachait à produire des longs métrages destinés à un public composé essentiellement d'enfants. Par conséquent, la politique du studio était de proposer ce genre de films. Tandis que l'équipe réunie autour de Horus voulait produire quelque chose qui lui tenait à cœur et qui ne s'adressait pas forcément aux plus jeunes. C'est pourquoi ce film constitue un tournant dans l'histoire de l'animation au Japon car il a été la première production qui intégrait cette idée de laisser une équipe créative réaliser ses envies. Par ailleurs, sur le plan technique, ce film est aussi un tournant. Nous aurions pu nous contenter d'utiliser des techniques éprouvées depuis longtemps, mais en fait nous avons voulu faire des choses qui, à certains égards, dépassaient notre compétence, ce qui explique en grande partie le retard pris dans la production.

HorusJOL : Quelles en ont été les conséquences ?

T. I. :
Je peux en citer deux. La première a été d'abandonner l'idée d'intégrer certaines scènes et la seconde a été l'ordre reçu de la direction de réduire la durée du film. Mais quand on regarde ce film aujourd'hui, on peut estimer qu'il y a avait une certaine insconscience de notre part à vouloir faire entrer tant de choses dans un temps aussi limité (82 min.). Cela dit, nous étions conscients de notre manque de maturité. C'est pourquoi je ne peux pas revoir ce film sans être traversé par un certain trouble. Nous disposions d'une marge de manœuvre très limitée et cela s'est traduit par la quasi absence dans le film de scènes de rire ou de moments de plaisir. Mais au moment d'achever ce film, nous avions tous le sentiment d'avoir fait du mieux que nous pouvions.

Propos recueillis par Claude Leblanc (12/12/2003)

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Bibliographie

Retrouvez tous les films de Takahata Isao sortis en VHS et de DVD en France.
JonaThan Clements & Helen McCarthy, The Anime Encyclopedia, Stone Bridge Press, Berkeley, 2001.

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Sur Internet

La fiche que l'Internet Movie Database a consacré à Takahata Isao (en anglais).
La page de présentation que le studio Toei a créé pour Horus, prince du soleil (en japonais).
La brève fiche réalisée par Wild Side Films qui distribue en France Horus, prince du soleil (en français) .

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