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E-terview
Japonline :
Qu'est-ce qui vous a amené à faire
ce livre ?
Laure
Vernière : Nous allons en Asie depuis trés
longtemps et donc le Japon était un des lieux que l'on
voulait connaître. Et puis, j'aime beaucoup la littérauture
japonaise. J'ai donc commencé à me mettre dedans
et à lire énormément d'ouvrages. J'ai découvert
Tokyo
Express de Matsumoto Seichô. Ce livre pouvait
constituer le point de départ pour un voyage au Japon.
Dans Tokyo Express, tous les crimes ont lieu dans les
gares ou aux alentours des gares et dans les trains, on a donc
décidé de faire le tour du Japon en train dans
l'esprit de Matsumoto Seichô. Quant à l'idée
du livre, je dois que ce que nous avions fait jusqu'à
présent était plutït classique (photographies,
informations pratiques) et lourd. Nous rêvions de faire
quelque chose de plus léger, plus drïle et plus
personnel. Le Japon a donc déclenché chez nous
ce désir de faire un livre différent, une sorte
d'OVNI où l'on mettrait ensemble tout ce qu'on sait faire,
d'abord les photographies d'Anne, mais aussi mes polaroïds,
nos carnets de voyage, etc. Le texte d'information est aussi
devenu une sorte de nouvelle policiére pour un coup de
chapeau à Matsumoto Seichô. Un désir qui
est devenu réalité.
JOL :
Votre rapport au Japon ?
L.
V. : C'est d'abord la littérature et le cinéma qui m'ont
passionnée au Japon. Je voulais découvrir ce pays où l'on produisait
des uvres de si grande qualité.
Anne Garde : Je voulais voir le pays des surdoués et
je voulais aussi découvrir le pays qui avait connu la bombe
atomique.
JOL :
Qu'attendiez-vous de ce voyage ?
L. V.
: C'était une vraie découverte mais, en même
temps, la littérature et le cinéma m'ont aidée
à aller plus vite à comprendre ce pays ou du moins
à y être sensible. J'en suis revenue avec plein d'émotions
à la fois personnelles et intellectuelles.
Anne Garde : En ce qui me concerne, j'avais des images (cinéma,
manga, phtographies) du Japon avant de partir. Je n'ai pas été
déçue en y débarquant et ça m'a
procuré des impressions bien différentes de celles
que j'avais pu ressentir à l'occasion d'autres voyages.
On a d'abord le sentiment d'une certaine proximité avec
l'Occident. Il n'y a pas ce dépaysement que l'on peut
avoir dans d'autres pays, mais en même temps, c'est profondément
dépaysant. Ce qui m'a impressionné le plus, c'est
sans doute la mise en scéne, l'agencement soigné
de tout les aspects de la vie quotidienne. Et puis, contrairement
à certaines idées reçues, ce n'est pas
un pays où j'ai ressenti le stress comme Paris, par exemple.
On peut parler d'ailleurs d'une fluidité. Une fluidité
remarquable à la fois humaine et dans le déplacement.
L. V. : On a eu aussi un sentiment de liberté totale.
JOL :
Comment avez-vous vécu vos déplacements en train ? Comment
percevez-vous le train au Japon car c'est un mode de transport
trés important là-bas ?
A. G. : Je veux dire que je salue le Japon qui a choisi
de privilégier le train plutït que l'automobile à la différence
de la France. Le train est omniprésent dans l'Archipel et ce
qui est remarquable, c'est que le Shinkansen s'arrête dans les
petites gares. En France, le TGV ne part que des grandes gares
et ne dessert que les grandes gares. Au Japon, le train méne
partout. Beaucoup de choses se passent dans les trains parce
qu'il y a des trains de toutes les tailles et dans n'importe
quelle région du pays.Et si l'on ajoute le confort, la gestuelle
agréable des contrïleurs, celui des vendeurs de bentï, c'est
littéralement magnifique. La gare est également un lieu essentiel
où l'on trouve tout. C'est un monde en soi, la gare de Kyoto
étant l'exemple majeur..
L. V. : Cependant ce n'est pas dans le train que l'on
a fait des rencontres importantes. Bien sûr, nous avons
rencontré des gens, j'en parle dans le livre, mais le
train n'est pas un lieu où l'on bavarde. Chacun est dans
sa petite bulle. Les Japonais ne manifestent pas une curiosité
vis-à-vis des étrangers et d'une certaine façon,
c'était formidable pour nous. Comme nous jouions une
petite comédie pour les besoins du livre. Anne Garde,
la photographe, devenait inspecteur et mettait sa moustache.
Moi, j'étais la narratrice polaroïdomane. Nous faisions
ce que nous voulions sans aucun probléme. Ils nous regardaient
d'un air amusé, plein de sympathie mais on ne sentait
pas qu'ils nous prenaient pour des personnes dérangées
non plus. Cela renforce cette impression de liberté qui
régne dans les trains.
JOL :
Dans votre ouvrage, on est trés frappé par la présence de la
manga. Pourriez-vous nous expliquer ce recours à la manga ?

A. G.
: Ça fait une vingtaine d'années que nous
travaillons ensemble. Nous avons beaucoup voyagé et à
chaque fois que nous sommes parties à l'étranger,
nous avons réalisé de nombreux carnets de voyage,
lesquels témoignaient de notre désir de s'imprégner
des cultures où nous nous trouvions. Au Japon, la manga
était incontournable. On l'a rencontrée dés
que nous avons posé le pied dans l'Archipel et dans le
train. Peut-être même principalement dans le train.
Avant de prendre le train, il y a ces kiosques débordant
de manga qui nous donnaient tellement envie que l'on rafflait
tout un tas de volumes. Elles ont ainsi peu à peu pénétré
notre imaginaire, l'amenant naturellement à faire partie
de l'habillage de Japan Express. Comme il y a une fiction
dans notre livre, c'est à travers la manga que la fiction
s'est organisée, s'est ordonnée. C'était
une sorte d'affrontement entre deux esthétiques, deux
esprits différents. Les deux personnages du récits
devaient faire partie intégrante à la fin de cet
univers. Et ça a été l'univers dans lequel
nous avons voulu nous exprimer parce qu'il nous est apparu comme
le reflet du Japon d'aujourd'hui. Et puis, j'ai été
stupéfaite de découvrir la richesse de la manga
qui est bien plus riche et variée que les productions
anglo-saxonnes dont on est gavé en Occident. J'avais
donc une envie folle de la faire découvrir.
L. V. : Ce voyage nous a marquées beaucoup plus que
d'autres périples sans douteen raison de la fiction que
nous avons racontée et de cette sensation selon laquelle
cet habillage manga continue à nous habiter. La preuve,
c'est que ces mêmes personnages vont continuer à
vivre et se rendre pour un autre voyage à Pondichéry
en Inde.
JOL :
L'autre élément omniprésent dans
Japan Express, c'est la nourriture
L. V.
: Difficile de faire autrement, la nourriture y est tellement
éblouissante. C'est manger pour rêver. On ne peut
pas échapper au charme de la nourrtiture au Japon. Le
bentô que l'on trouve dans les trains en est un trés
bon exemple. Ça fait partie du charme du train. Monter
dans le train avec une petite boîte avec un dessin du
Mont Fuji ou une autre illustration, l'ouvrir, c'est merveilleux.
Et l'on sent que tous les voaygeurs sont ravis d'aller dans
le train, d'enlever leurs chaussures et d'ouvrir leur bentï.
A. G. : Quand on pense aux méchants sandwichs
inmangeables que l'on nous sert dans les trains en France, le
bentô appartient à un autre monde tellement plus
merveilleux ! Autant de choses pour lesquelles nous souhaitons
y retourner.
Propos
recueillis par Claude
Leblanc (23/10/2003)
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