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KON SATOSHI

E-terview - Bibliographie - Sur Internet

PortraitNouvelle figure majeure du vaste champ de l'animé japonais, KON Satoshi (né en 1963) a fait ses débuts dans le manga, puis a travaillé sur le "background" de divers films d'animation, dont MAGNETIC ROSE (premier des trois épisodes de MEMORIES, d'ïtomo Kazuhiro, 1995), et sur la mise en scène de l'épisode 5 de LES AVENTURES BIZARRES DE JOJO: LE MONDE DE DIO 2 (Jojo no kimyôna bôken), de Kitakubo Hiroyuki (1993). Il a fait des débuts remarqués comme auteur de PERFECT BLUE (1997, sorti en France), et s'est imposé avec MILLENIUM ACTRESS (Sennen joyû, 2001), deux films mêlant réalisme et imaginaire avec brio. Son troisème long métrage, TOKYO GODFATHERS (2003) a été présenté avec succès à la 3ème édition des "Nouvelles Images du Japon", au Forum des Images de Paris,en décembre 2003, en sa présence. L'occasion de faire le point sur la déjà brillante carrière d'un nouvel auteur qui se démarque du tout-venant de la production animée nippone. Cet entretien est constitué de deux parties, la première recueillie à Tokyo en novembre 2001, la seconde à Paris en décembre 2003 (certaines questions ont été posées par Julien Bastide, d'Animéland, dans un entretien groupé).

E-terview

Japonline : Comment êtes-vous devenu cinéaste d'animation, après vos études au Musashino College of the Arts (Ecole des Beaux-Arts de Musashino) ? Avez-vous été influencé par des "maîtres" reconnus de l'animé japonais, comme Miyazaki Hayao, Takahata Isao, Oshii Mamoru, ou bien sûr, Otomo Katsuhiro ?

Kon Satoshi : J'ai d'abord étudié le "graphic design" à l'Ecole des Beaux-Arts de Musashino, mais pas pour faire des films d'animation.J'aimais le dessin et les arts graphiques, et je m'amusais à réaliser de petits cartoons pour le plaisir, comme violon d'Ingres! C'est parce que des gens des éditions Kadokawa ont vu ces petits essais qu'ils m'ont aiguillé vers l'industrie de l'animation.Je suis donc devenu "cartoonist", et j'ai ainsi pu travailler avec Otomo, sur l'animation, pour des films de commande.En fait, j'étais indépendant, et je n'ai pas eu vraiment de "maîtres" artistiques...

JOL : Vous avez travaillé sur MEMORIES, de ïtomo, (1995), mais aussi sur d'autres films de lui ?

KS : Je n'ai pas travaillé tout de suite comme animateur avec lui, mais d'abord comme dessinateur sur le manga AKIRA, qu'il a ensuite adapté au cinéma (1988). Puis, j'ai travaillé sur le scénario de son film MEMORIES (1995), mais ausi sur le "background design" (dessins des décors). C'est quelquechose qu'on ne remarque pas vraiment dans le film. Il s'agit en fait de dessiner les décors pour les scènes animées. J'étais plutôt "production designer" , en particulier sur MEMORIES.

PortraitJOL : Quel a été le point de départ de PERFECT BLUE , et pourquoi avez-vous choisi ce sujet d'une "idole" et de ses rapports avec un tueur psychopathe ?

KS : Il s'agissait en fait du projet d'une autre compagnie, qui cherchait un metteur en scène pour réaliser ce film. Ils m'ont contacté pour que je donne corps à ce projet. Ce n'était pas un projet de mon fait, mais je me suis efforcé de lui donner un "look" un peu personnel. L'histoire était adaptée d'un roman de Takeuchi Yoshikazu, ce n'était donc pas un scénario orginal.

JOL : Comment vous est venue l'idée de CHIYOKO, MILLENIUM ACTRESS (Sennen joyû), qui parait être beaucoup plus personnel ? Il s'agit d'un personnage et d'une histoire assez nostalgiques, même si le film est plein d'énergie et d'imagination. Vous avez pensé à l'histoire d'une véritable actrice, comme par exemple Yamada Isuzu ?

KS : Oui, j'ai effectivement fait quelques recherches sur les ancienne actrices de l'Age d'or du cinéma japonais, mais je ne peux pas mentionner UNE seule actrice qui me soit venue à l'esprit! Je me suis en fait inspiré de plusieurs actrices pour le personnage de Chiyoko, mais il est vrai que j'ai tout de même pensé à une ancienne star comme Hara Setsuko, qui a disparu après avoir atteint le zénith, ou encore à Takamine Hideko, qui était le symbole d'une certaine femme japonaise jusqu'à l'après-guerre.Chiyoko est donc un mélange de toutes ces actrices mythiques.

JOL : Votre thème majeur semble être l'interactivité entre le réel et le virtuel, dans ces deux films, et comment l'imagination parvient à les mélanger...

KS : Dans PERFECT BLUE, l'histoire ne parle pas de la réalité ou de l'imaginaire.Je ne voulais pas en rester au dilemme:" L'héroïne est-elle folle ou pas ?". Ce qui m'intéressait, c'était le fait que chaque personne dite "folle" a sa propre vérité, mais une vérité qu'elle interprète autrement, et non pas le thème unique de "la folie". Ça ne m'intéresse pas de savoir si le personnage est "bon" ou "mauvais", mais plutôt quelle est sa propre part de vérité. Quand j'ai tourné MILLENIUM ACTRESS, la question de savoir ce qui est réel ou pas est devenue plus claire pour moi, et c'est ce qui m'a conduit à traiter ce thème plus ouvertement.

Portrait
Millenium Actress (2001)

JOL : Ceci recoupe aussi la question des "Otaku" au Japon ?

KS : Dans MILLENIUM ACTRESS, les gens vous voient, et essaient de vous comprendre, mais ce qui est intéressant, c'est la différence entre ce que pensent les autres de vous, et ce que vous pensez de vous-même. C'est sans doute mon thème principal dans le film.A propos du personnage de Chiyoko, elle voyage tout le temps dans le temps et l'espace, mais c'est sa propre vérité, on ne peut pas savoir si c'est "réel" ou non, car elle voyage dans son propre univers et pour elle, c'est LA réalité. Il y a une scène ou le journaliste la trouve dans une petite pièce sans espace, qui évoque les "maisons de thé" anciennes, avec des objets étrangers.Plus son espace est limité, plus elle peut voyager dans son propre imaginaire, et moins son imagination connait de limites. Ce sont deux concepts opposés qui se marient.Du moins, telle est mon intention.

JOL : Cet engagement citoyen semble très important à vos yeux. Au Japon, on constate que la population, en particulier, les jeunes sont de plus en plus soucieux de participer à des activités de ce genre.

BS : C'est vrai surtout depuis le tremblement de terre de Kobe en 1995. Les problèmes rencontrés à cette époque ont amené les ONG à s'engager davantage d'autant plus que les responsables politiques montraient une certaine faiblesse. Il n'empêche que les mouvements de citoyens ou les ONG japonais restent faibles. Il appartient donc à des individus de montrer l'exemple en s'engageant dans diverses opérations. Une fois lancées, elles suscitent l'adhésion et les différentes organisations peuvent donner le meilleur d'elles-mêmes. C'est le sens de mes actions.

JOL : On est aussi étonné par un certain sens de l'humour, comme par exemple ce journaliste qui réapparait toujours sous différents aspects. Pourquoi ?

KS : Pendant la réalisation de PERFECT BLUE, les gens de la production étaient inquiets de ce personnage de psychopate qui les déprimait un peu. Mais, dans MILLENIUM ACTRESS, c'est assez différent, et, pour ainsi dire, l'humour procède naturellement de l'histoire. Le journaliste qui poursuit Chiyoko est un peu comme son "otaku", et il a tellement attendu de pouvoir la rencontrer et l'interviewer, qu'il est devenu presque fou. Moi-même, j'étais un très grand fan de Kurosawa Akira, et j'ai ausi beaucoup insisté pour rencontrer des gens qui le connaissaient.Je me sentais comme une espèce d'otaku ! Ce doit être incroyable de rencontrer quelqu'un que vous attendiez de voir depuis si longtemps. J'ai traduit cette impression par le ton humoristqiue que vous avez remarqué dans le film. Cet humour est en quelque sorte né de la situation !

JOL : Quelles sortes de techniques avez-vous utilisé pour ce film, et à quelles difficultés vous êtes-vous heurté ?

KS : L'histoire se passe à deux niveaux, et sur plusieurs périodes de temps, où chaque épisode représente une histoire. A chaque épisode correspond une plage de temps que je devais décrire visuellement. Le problème est que j'ai travaillé avec des techniciens beaucoup plus jeunes que moi (et je n'ai que 38 ans !), que je devais former. Par exemple, ils devaient dessiner des kimono d'une époque qu'ils n'ont pas connu, de même que l'arrière-plan historique du récit. Cela a été assez dur de les diriger, et de tout vérifier. J'aurais préféré tout dessiner moi-même, mais c'était matériellement impossible !

JOL : Avez-vous utilisé de nouvelles techniques, comme le "computer graphic" (infographie), ou autres ?

KS : A peu près 95 % du film est dessiné à la main, de façon traditionnelle. Il n'y a que quelques scènes réalisées par ordinateur, car je me suis senti obligé de le faire pour obtenir certains effets, et aussi pour gagner du temps.

Portrait
Millenium Actress (2001)

JOL : Quelles scènes, par exemple ?

KS : Je peux vous citer deux scènes: celle où Chiyoko parcourt l'album de photos, et celles où l'on évoque les Ukiyo-e (estampes), trop compliquées à dessiner à la main.

JOL : Allez-vous voir d'autres films d'animation, japonais ou étrangers ? Avez-vous vu par exemple LE VOYAGE DE CHIHIRO (Sen to Chihiro no kami kakushi), de Miyazaki Hayao, ou d'autres films récents ?

KS : Non, je n'ai pas eu le temps, parce que je travaillais à mon propre film. Auparavant, j'allais voir pas mal de films, mais de moins en moins maintenant, par manque de temps. Je ne connais pas très bien les films d'animation étrangers, et je ne sais même pas ce qui se fait de nouveau en Europe.les films américains sont presque tous faits par ordinateur à présent, et, même lorsqu'ils ne sont pas initiés par les studios Disney, ils ressemblent un peu à leurs produits ! Personnellement, je n'y vois pas beaucoup d'imagination. je crois que les inventions technologiques ne servent pas beaucoup les films, car les histoires ne sont pas meilleures, et, le plus souvent, elles ne sont qu'un prétexte ! Je suis pourtant allé voir quelques "animés" japonais auxquels avaient collaboré des amis, mais ça ne m'a pas vraiment impressionné: la technologie est bonne, mais pas les films, à mon avis !

JOL : Vous n'avez pas vu SHREK, réalisé entièrement en numérique ?

KS : Non, pas encore, mais j'avais vu TOY STORY, qui est un bon film, car il n'y a pas que de nouvelles formes de technologies, mais aussi une bonne histoire. En fait, je pense qu'il y a actuellement deux tendancesÊ: l'une traite des idées techniques pour des films d'animation, et l'autre d'une bonne histoire traitée en animation ! A mon avis, les films de Miyazaki appartiennent à la seconde tendance: de bonnes histoires très bien animées, ce qui explique leur succès auprès du public.

JOL : Les manga et animés sont très populaires en Europe, et en France, en particulier auprès des jeunes. A quoi est dû ce succès populaire, selon vous ?

KS : Je ne sais pas très bien, mais je pense que les manga (bandes dessinées) et les animés (films d'animation) sont plus considérés en France comme un art à part entière.Leur perception me semble plus mature en France qu'au Japon, plus "artistique". Au Japon, tout comme le cinéma live, l'animé est considéré comme une simple industrie de divertissement, sans réelle valeur artistique...

JOL : En France, les jeunes spectateurs découvrent aussi le Japon à travers des films très superficiels, comme WASABI (produit par Luc Besson), ce qui apporte des distorsions curieuses...

KS : Je crois que les jeunes Japonais sont très admiratifs des films réalisés ou produits par Luc Besson, et que ce dernier a lui-même été influencé par toutes sortes de manga. ‚a revient au Japon par un effet de boomerang ! Mais il est dommage que les teenagers japonais ne comprennent plus l'interêt de notre propre culture. Si ça nous revient à travers les produits de Luc Besson, ça a l'air mieux, alors que ça ne l'est sûrement pas !

JOL : Est-ce vraiment le film THREE GODFATHERS, de John Ford (1948), qui vous a inspiré le sujet de TOKYO GODFATHERS ? Quelle est l'influence d'un certain cinéma américain sur votre film ?

PortraitKS : Je dirais que le film de John Ford est l'une des inspirations du film. Pour les autres, vous faites sans doute allusion aux film de Capra ? Mais ce sont des choses dont je n'ai pas vraiment conscience.En dehors de THREE GODFATHERS, j'ai pensé à un film comme LE MONDE SELON GARP, de George Roy Hill, ou aussi à MY LIFE AS A DOG (Ma vie de chien), de Lasse Hallstršm, des films cocassement tragiques, qui mêlent habilement drôlerie et tristesse, avec profondeur. Il y a aussi un film que j'ai vu par hasard,à la télé, en préparant mon film, qui s'appelait JOHNS, autour de jeunes ados prostitués à Los Angeles. Le personnage principal doit rembourser ses dettes avant Noël, et rend visite à plusieurs personnes qui s'appellent tous John ! Il y a dans ce film des rapprochements avec certains SDF, auxquels j'ai pensé en faisant mon film.

JOL : Ce qui est intéressant, c'est que vous traitez sur le mode de la comédie de plusieurs tares de la société japonaise actuelle: les SDF, les bébés abandonnés, les tentatives de suicide, la mafia, la délinquance juvénile, l'immigration clandestine, etc. Votre vision de la société est-elle aussi négative, à cause de la crise économique, et des désillusions qui y sont liées ? C'est une sorte de comédie noire ?

KS : Bien sûr, on peut considérer que le film "traite" de tous ces sujets, mais je n'avais pas du tout l'intention de faire un "discours" sur ces problèmes, où la subjectivité du réalisateur est imposée. Mais je me suis efforcé de ne pas porter de jugement sur tous ces problèmes, même si j'ai évidemment mon opinion.Il s'agit d'abord de faire un constat: nous vivons dans une période où il existe des SDF, une violence urbaine, etc.Je ne pouvais donc qu'exprimer la douleur de ce contexte. Je crois que c'est là qu'on peut lire un point de vue comique sur la réalité, mais que l'on pourra aussi lire de façon tragique...

JOL : C'est donc une forme de parodie ?

PortraitKS : Oui, c'est ça. Par exemple, les yakuza nous apparaissent comme des gens terrifiants, mais on peut se demander comment ils sont dans la vie intime, ou lorsqu'ils sont dans la gêne, quand ils ne sont pas menaçants. Dans tous les cas, il y a toujours une pluralité d'enjeux, et c'est dans cette logique que j'ai envisagé les rencontres entre les divers personnages de l'histoire. J'ai voulu éviter une approche limitée à un seul aspect des choses.

JOL : La ville apparait comme un des personnages du film...

KS : Oui, cette idée s'est imposée à moi à partir du moment où j'ai pris comme personnages principaux des sans-logis. La ville devenait automatiquement le personnage principal de l'histoire, avant même d'écrire le scénario. En fait, ces SDF ne pourraient survivre sans la "protection" que leur apporte la ville et ses déchets. Ils trouvent dans cette manne de quoi survivre.

JOL : Comment avez-vous choisi vos trois personnages principaux, et leur relation avec le bébé abandonné ?

KS : Au départ, c'est l'histoire de SDF qui trouvent un bébé abandonné le soir de Noël, par une sorte de hasard, qui fait apparaitre le bébé comme "miraculeux". Par rapport à la Bible, il fallait faire appel à trois personnages comme dans "Three Godfathers", et je devais d'abord penser à la relation entre eux. Je savais que cette histoire traiterait de questions familiales, la cellule familiale (factice) constituant le centre de l'histoire, cellule dans laquelle il y avait déjà la fille fugueuse et le transexuel. Je voulais constituer une véritable famille, et non pas un "semblant" de famille. En fait, je voulais mettre à l'écran un certain nombre de facteurs contradictoires, avec des éléments masculins et féminins qui vivent la coexistence de ces contradictions.

JOL : Dans vos trois films, vous oscillez constamment entre l'hyper-réalisme et le fantastique, grosso-modo entre le côté Lumière et le côté Méliés. Ce contraste est-il un stimulant pour votre création ?

PortraitKS : Oui, c'est vrai, je ne m'intéresse pas QU'AU réalisme, ou QU'A l'illusion, mais plutôt à ce qui se passe entre les deux... Bien sûr, on peut trouver dans mes films ce mélange entre réalité, illusion et mémoire, mais ,en fait, dès le départ, j'opère une différence entre tel ou tel élément. Dans TOKYO GODFATHERS, j'ai encore voulu entremêler ces trois éléments, mais d'une autre manière. Par exemple, Gin-chan, le SDF, trouve une sorte de reflet dans chacun des personnages qu'il rencontre, comme le vieillard agonisant, ou le médecin qui fait le diagnostique, ou encore l'homme qui s'est débarassé de l'enfant.Chacun de ces personnages fournit un reflet supplémentaire par rapport à celui de Gin. On peut dire que le vieillard qui se meurt est une image de son avenir, s'il poursuit sa vie de sans-logis. L'homme qui s'est débarassé du bébé peut évoquer le personnage qu'il a été, comme si c'était son passé qui surgissait devant lui. Et le médecin apparait comme celui qu'il aurait pu devenir, s'il avait tenu bon dans sa vie sociale. C'est l'idée que je me faisais par rapport à l'histoire, sans utliser le procédé du film dans le film", ou le rêve filmé.Cet autre dispositif m'a permis d'intégrer des éléments nouveaux et différents de mes autres films.Je pense en fait que TOKYO GODFATHERS est plus complexe que mes deux films précédents, en un sens.

JOL : En ce qui concerne la distribution de vos films à l'étranger, que pensez-vous des problèmes qui se posent: MILLENIUM ACTRESS , dont les droits appartiennent à Dreamworks, n'est toujours pas sorti en France depuis deux ans. Donc, considérez-vous que c'est une bonne chose que ce soient les majors américaines qui distribuent vos films, si c'est pour ne pas les sortir, sauf peut-être en DVD ?

KS : Je ne peux pas vraiment parler de ce problème, dans la mesure où l'aspect distribution m'échappe, et où je ne vise absolument pas la marché américain! Simplement, je peux dire que la "stratégie "de Dreamworks dans ce cas précis est de s'approprier le film, et de l'adapter à son propre système... C'est quelquechose qu'ils ne peuvent s'empêcher de faire! C'est certes malheureux, mais cette attitude n'entrainera pas de changemenbts dans ma façon de travailler, ni de filmer. Ce qui importe pour moi, c'est non pas le succès commercial (même si j'en serais satisfait, car cela me permet de continuer à travailler), mais le succès du film lui-même par rapport à un certain public.Si l'on fait un film. POUR obtenir un succès commercial, cela représente pour moi un échec personnel. Tant que je pourrai travailler à ma manière, je continuerai. Si ces conditions ne sont plus réunies, j'y réfléchirai à ce moment-là.

JOL : Mais je voulais parler seulement de la VISIBILITE du film, pas de son succès commercial !

KS : Oui, cette situation est certes regrettable, mais il y a aujourd'hui beaucoup d'autres moyens de voir un film. J'ai rencontré plusieurs fans qui l'ont vu en DVD. Il existe des circuits de diffusion alternative qui permettent de voir tous les films (DVD ou Internet,entre autres). Cette vision est peut-être un peu "romantique", mais elle est indéniable.

JOL : Il y a dans vos films l'idée de "coincidences", entre les personnages, les évènements: était-ce volontaire dès le départ, ou est-ce arrivé par hasard ?

KS : C'était tout à fait clair dès l'écriture du projet. J'avais l'idée d'une succession de hasards bien pratiques, de créer un monde tout à fait plaisant dans cette succession, dans l'enchaînement de ces diverses coincidences. Il y a un certain nombre d'éléments qui se trouvent rassemblés dans le récit de TOKYO GODFATHERS. Dans cette perspective, toutes sortes de hasards salvateurs s'enchainent, à partir de mes propres expériences qui se trouvent reflétées dans le film...

JOL : A propos de technique, depuis PERFECT BLUE, dont l'animation n'était pas très développée, il me semble qu'il y a un énorme saut qualitatif dans MILLENIUM ACTRESS, et TOKYO GODFATHERS.Quelle est la part de technique de dessin animé proprement dite et d'infographie, et quelles sont les principales difficultés qui se sont dressées ?

KS : Oui, je crois que, sur le plan des techniques d'animation, mes deux derniers films ont gané en richesse.La qualité de l'animation, le nombre de dessins que l'on peut intégrer, dépendent évidemment enormément du budget. Pour PERFECT BLUE, au départ, certaines personnes de l'équipe ne comprenaient pas ce que je voulais faire, mais, lorsque le film a été terminé, ils ont beaucoup mieux compris ! Mes collaborateurs ont été plus nombreux à apprécier mon projet, et j'ai donc pu réunir plus de techniciens talentueux pour réaliser MILLENIUM ACTRESS. Pour TOKYO GODFATHERS, le budget a encore augmenté, et cela m'a permis d'engager des gens de haut niveau, le film y gagant en richesse sur le plan technique.Et pourtant, le budget n'a pas excédé 300Êmillions de yens, ce qui n'est pas énorme. En fait, je voudrais prendre soin de mon environnement pour progresser. L'augmentation du budget m'a permis de recourir plus à l'infographie ("computer graphics"), qui coûte très cher. C'est dans cette perspective que je voudrais encore améliorer la qualité technique, et donc artistique, de mes films.

Propos recueillis par Max Tessier
(novembre 2001 - décembre 2003)

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Bibliographie

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Jonathan Clements & Helen McCarthy, The Anime Encyclopedia, Stone Bridge Press, Berkeley, 2001.

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Sur Internet

On peut consulter le site du Forum des images consacré aux Nouvelles images du Japon (en français).
Ceux qui ont apprécié Perfect Blue se rejouiront du site qui lui est consacré (en anglais).

En attendant son éventuelle sortie en France, Tôkyô Godfathers dispose d'un site officiel (en anglais).

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