|
E-terview
Japonline :
Le 13 décembre, vous êtes
venu parler devant le public parisien du Pavillon du Japon que
vous avez réalisé pour l'exposition universelle
de Hanovre en 2000. Au même moment, la Galerie
d'architecture à Paris présente pour la première
fois vos travaux récents. Comment réagissez-vous
à cette notoriété ?
Ban Shigeru :
Je suis
bien sûr très heureux et en même
temps surpris par l'ampleur de
cette reconnaissance. Lors de mon intervention au Pavillon de
l'Arsenal, le 13 décembre, il y avait un public
très nombreux, ce qui n'a pas manqué de me surprendre.
En même temps, cela prouve que le public s'intéresse
de plus en plus à l'architecture et à son rôle
dans la vie quotidienne.
JOL :
En tant qu'architecte, comment avez-vous
réagi aux récents événements qui
ont secoué la planète ? L'attaque contre
le World Trade Center à New York où vous avez
résidé et les frappes américaines contre
l'Afghanistan.
BS :
Lors de désastres comme ceux-là ou lors de catastrophes
naturelles, beaucoup de gens périssent à cause
de l'effondrement des bâtiments qu'ils occupent. C'est
évidemment quelque chose de terrible. Mais ce qui me
préoccupe au premier chef, ce sont les désastres
naturelles comme les inondations par exemple. Nous coupons beaucoup
d'arbres dans les forêts, engendrant une déforestation
de plus en plus grande et facilitant les inondations. Nous détruisons
des forêts pour construire des maisons et nous nous mettons
ainsi en danger face à la nature. Les tremblements de
terre ne sont pas directement responsables de la mort des gens.
Celle-ci est due à l'effondrement des maisons ou des
immeubles. Le bâtiment est ainsi au cur du problème.
JOL :
C'est pour cela que vous avez créé le Voluntary
Architects Network ?
BS :
Oui.
JOL :
Combien de personnes participent à ce projet ?
BS :
Notre équipe est très réduite parce que
je travaille avec des gens localement. Quand j'étais
en Turquie, j'ai travaillé avec des architectes turcs
ou des ONG locales. Petit à petit, nous essayons bien
sûr d'accueillir de nouveaux membres mais à chaque
fois nous voulons collaborer avec des personnes directement
concernées sur place.
JOL :
Envisagez-vous d'entreprendre quelque chose en Afghanistan ?
BS :
Non pas encore. Parce qu'il s'agit là d'un problème
trop politique. Je ne veux pas travailler avec les gouvernements.
Je veux agir notamment en faveur de ceux qui ne peuvent être
incérés dans des projets à grande échelle,
des populations réduites. Je prends l'exemple des maisons
en rondin de papier que j'ai montées pour les Vietnamiens
qui vivaient à Kobe lors du séisme en 1995. Cette
idée de fournir des rondins de papier vient du fait que
les Nations unies fournissent des toiles de plastique aux réfugiés
qui les obligent à abattre des arbres pour construire
des abris. Nous avons ainsi développé l'idée
de fournir des rondins de papier afin de préserver les
forêts.
JOL :
Vous avez déjà mis en place des opérations
de ce type en dehors du Japon ?
BS :
Non. Ce projet est encore à l'étude parce
que les Nations unies ont encore de gros soucis financiers pour
soutenir le projet.
JOL :
Cet engagement citoyen semble très important à
vos yeux. Au Japon, on constate que la population, en particulier,
les jeunes sont de plus en plus soucieux de participer à
des activités de ce genre.
BS :
C'est vrai surtout depuis le tremblement de terre de Kobe en
1995. Les problèmes rencontrés à cette
époque ont amené les ONG à s'engager davantage
d'autant plus que les responsables politiques montraient une
certaine faiblesse. Il n'empêche que les mouvements de
citoyens ou les ONG japonais restent faibles. Il appartient
donc à des individus de montrer l'exemple en s'engageant
dans diverses opérations. Une fois lancées, elles
suscitent l'adhésion et les différentes organisations
peuvent donner le meilleur d'elles-mêmes. C'est le sens
de mes actions.
JOL :
On dit de vous que vous êtes un "architecte engagé
et expérimental". L'utilisation de ces rondins de
papier en est un exemple.
BS :
Je dirais plutôt que je suis pragmatique. Ce qui m'importe,
c'est d'utiliser au mieux les matériaux qui sont à
ma disposition dans tel ou tel lieu. Mon souci est de rendre
heureux le plus grand nombre. C'est pour cela que je travaille
à la fois pour des clients riches et d'autres qui sont
plus démunis. Chacun d'entre eux a des besoins spécifiques
auxquels je tente d'apporter une réponse satisfaisante.
C'est une façon pour moi de me satisfaire également.
Propos
recueillis par Claude
Leblanc (15/12/2001)
Haut
de la page
|