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CORINNE ATLAN

E-terview - Bibliographie - Sur Internet

Corinne AtlanElle appartient à ces femmes et ces hommes sans lesquels nous ne pourrions pas nous plonger dans des œuvres littéraires venues d'ailleurs. Corinne Atlan est traductrice professionnelle. Fascinée par la langue japonaise du fait de son "aspect" totalement étranger et par une mentalité totalement différente de la nôtre, elle a choisi de s'immerger dans la littérature nippone. Elle a traduit jusqu'à présent une trentaine d'ouvrages et reste passionnée par cet exercice. A l'occasion de la sortie du roman Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil écrit par Murakami Haruki dont elle a assuré la traduction, elle a accepté de répondre à nos questions portant sur son travail de traductrice. Souvent critiqué, rarement encensé, le traducteur joue pourtant un rôle essentiel dans la diffusion de nouveaux savoirs…

E-terview

Japonline : Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a amenée à devenir traductrice professionnelle ?

Corinne Atlan  : J'y suis parvenue par une voie détournée. Je suis sortie des Langues'O en 1974 avec une licence de japonais en poche et je suis partie vivre un an au Japon. J'ai profité de ce séjour pour beaucoup lire. A l'époque, peu d'auteurs et peu de livres japonais étaient traduits en français. Il y avait peu de choses accessibles pour le public francophone. Cette année passée au Japon m'a vraiment permis de découvrir une série d'écrivains intéressants. Et puis, je suis partie au Népal pour y enseigner. Malgré l'éloignement géographique, j'ai continué à rester en contact avec le Japon et notamment avec sa littérature. Pendant mon séjour népalais, j'ai découvert des auteurs que je ne connaissais pas à l'image de Murakami Haruki et de ses nouvelles dont j'ai traduit certaines dans L'Eléphant s'évapore [Seuil, 1998]. En le lisant, je me suis dit que je me verrai bien traduire des choses comme ça. Je m'étais déjà essayé à la traduction avec l'ouvrage d'Ariyoshi Sawako, Ki no gawa, que j'ai ensuite envoyé à des amis. L'éditeur Philippe Picquier m'a alors confié la traduction d'une nouvelle de Mori Ogai. C'était un défi important pour moi car l'écriture de Mori est loin d'être facile, mais je l'ai relevé. A partir de là, les offres de traduction se sont succédées.

JOL : Qu'appréciez-vous dans le travail de traduction ?

La favoriteCA : Lorsque j'ai traduit La Favorite : le Roman de Yang Kouei-fei d'Inoué Yasushi [Philippe Picquier, 1991], je me suis retrouvée confrontée à un problème de culture. Le roman se déroulait en Chine dont je ne connaissais pas grand chose. Il a donc fallu que je me plonge dans cet univers nouveau. Ce travail de documentation me fascine et j'aime beaucoup ça. Aujourd'hui, ça reste une motivation pour moi. J'aime bien me plonger dans des traductions qui supposent un travail de recherche. Bien sûr, l'aspect littéraire de l'œuvre constitue un grand intérêt pour moi également. L'idée de jouer le rôle de "passeur" d'idées est très importante à mes yeux. Le roman de Tsuji Hitonari, Le Bouddha blanc [Mercure de France, 1999] en est l'illustration. Dans ce livre, il y a un aspect métaphysique, un ensemble d'idées qui font appel à la mentalité japonaise que j'ai voulu rendre à tout prix. La récompense [Prix Femina du meilleur roman étranger 1999, NdlR] qu'il a reçue constitue à mes yeux une reconnaissance de ce travail de "passeur" d'idées qui est aussi celui du traducteur. Mais on peut se tromper. Le Dernier shogun de Shiba Ryôtarô [Philippe Picquier, 1992], par exemple, était trop fouillé, trop historique pour plaire à un large public.

JOL : Comment travaillez-vous ?

CA : Je commence toujours par traduire l'ouvrage d'un seul trait sans m'arrêter sur les détails ou les difficultés. Ça me permet d'avoir une vue d'ensemble avant de me lancer dans un travail de fourmi. Pour certains romans comme Miso Soup de Murakami Ryû [Philippe Picquier, 1999] j'ai procédé différemment. Dans ce roman où certaines scènes de violence étaient trop dures, j'ai passé certaines d'entre elles lors de mon "premier passage" pour y revenir par la suite. Il faut environ une cinquantaine de pages pour bien sentir le style d'un auteur - même si cette notion est un peu fausse en japonais. Après cette première étape, on sent plus à l'aise, on commence à savoir où l'on va. C'est plus facile pour trouver des correspondances. Le livre japonais en tant qu'objet est différent d'un ouvrage en langue occidentale tant au niveau de la présentation que de l'écriture avec la présence des kanji. D'où l'importance de trouver des correspondances, parfois de les "inventer" pour faire passer le message. Bien sûr, il y a le désir de coller au texte, mais il est indispensable de rendre la sensibilité par rapport au français pour faire passer le côté le plus subtil du texte. Il est vrai aussi que l'on est parfois pris par le temps. La traduction nécessite un travail d'orfèvre - au minimum deux re-lectures et "peaufinages" d'écriture, puis la phase finale des épreuves à relire et à corriger. C'est un travail énorme qui est parfois difficilement compatible avec les impératifs éditoriaux, et pas toujours suffisamment rémunéré non plus.

JOL : Jouez-vous justement un rôle dans le choix des livres que vous traduisez ?

La fleur bleue duCA : La plupart des éditeurs reçoivent de leurs homologues japonais des exemplaires des succès littéraires au pays du Soleil levant. Le problème pour eux, c'est que ces ouvrages sont en japonais. Ils demandent alors à des traducteurs de faire des fiches de lecture dans lesquelles nous [les traducteurs] avons la possibilité de donner notre avis sur un auteur ou une œuvre. Ensuite, la décision de publier appartient aux comités de lecture de chacun des éditeurs. Il arrive aussi qu'un traducteur propose lui-même un auteur ou un livre. J'ai, par exemple, proposé La Paroi de glace de Yasushi Inoué [Stock, 1998], ¦uvre mineure de cet auteur, certes, mais qui a eu un certain succès, Autre exemple, qui sort du domaine japonais mais qui illustre la confiance qu'un éditeur peut accorder aux propositions d'un traducteur, La Fleur bleue du Jacaranda [Stock, 1998] de l'écrivaine néplaise Parijat. Il arrive cependant que l'éditeur ne donne pas suite à une proposition comme cela m'est arrivé avec le roman de Miyauchi Katsusuke, Hae [Vent du sud].

JOL : Toujours est-il que les ouvrages traduits du japonais sont de plus en plus nombreux en France.

Au sud de la frontièreCA : C'est exact et ça ne peut qu'être bénéfique à la connaissance du Japon. La diversité des titres traduits illustre par ailleurs l'état anarchique de l'édition dans l'Archipel. Le livre est un objet important au Japon. Etre édité apparaît plus facile au Japon qu'en France. Dès lors, on rencontre toutes sortes d'auteurs avec des styles tout aussi variés. On trouve des écrivains comme Murakami Haruki dont le style est bien établi ou comme Murakami Ryû, qui appartient à la même génération mais qui est beaucoup plus inégal au niveau du style. Ça n'empêche que chacun de ces auteurs mérite d'être présenté aux lecteurs français. Ils apportent également une vision originale du Japon. Un auteur de la classe de Nakagami Kenji, que j'aime beaucoup, propose un regard sur le monde de l'exclusion qui certes est un peu dépassé mais illustre bien un univers japonais. La violence décrite par Murakami Ryû dans Miso Soup en dit long sur le Japon actuel, ce qui explique sans doute le succès rencontré par ses livres. Les lecteurs sont aujourd'hui plus sensibles au monde réel qu'à l'âme japonaise évoquée par d'autres écrivains.

JOL : En dehors des livres, avez-vous exercé vos talents de traductrice dans d'autres secteurs ?

CA : J'ai fait les sous-titres du film de Tsuji Hitonari, Sennen Tabito, pour la biennale du cinéma japonais d'Orléans en novembre 1999. J'aimerais bien renouveler l'expérience. Le travail avec l'image est intéressant. Pour ce film, par exemple, qui est complètement hors du temps, j'ai essayé d'éviter les connotations temporelles. Et puis, le sous-titrage exige également que l'on utilise un nombre limité de caractères. C'était une expérience nouvelle et très enrichissante sur ce plan-là.

Propos recueillis par Claude Leblanc (23/01/2002)

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Bibliographie

Retrouvez les ouvrages de Tsuji Hitonari, de Murakami Ryû, de Murakami Haruki parmi les quelque 600 œuvres littéraires recensées dans notre base de données consacrée aux livres japonais publiés en France.

Retrouvez l'ensemble des ouvrages traduits par Corinne Atlan en cliquant ici.

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Sur Internet

Artiste multicarte, Tsuji Hitonari dispose de son propre sur lequel on peut découvrir l'ensemble de ses productions.
Ecrivain à l'écoute de la société japonaise, Murakami Ryû est un pionnier du Net au Japon.

Murakami Haruki a décidé de mettre un terme provisoirement, espérons-le, à sa présence dans le cyberespace.

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